Voter NON à la hausse de 16% de la rémunération d’Alexandre Ricard

Alors que la rémunération moyenne des Présidents exécutifs du CAC 40 a augmenté de 14% en 2017 selon le rapport Proxinvest qui vient d’être publié, le conseil d’administration de Pernod Ricard proposera à l’assemblée générale des actionnaires le 21 novembre d’augmenter de 16% la rémunération fixe de son PDG Alexandre Ricard pour le nouvel exercice 2018-2019. Proxinvest recommande à ses clients actionnaires de Pernod Ricard de s’y opposer.

 

 

  • Une hausse inflationniste

Cette hausse de 16% correspond à une hausse moyenne pondérée de 4% par année depuis la nomination d’Alexandre Ricard comme Président-Directeur Général, en Février 2015, un niveau beaucoup trop rapide par rapport à l’inflation française qui n’a augmenté seulement que de 2,4% depuis la nomination d’Alexandre Ricard. Selon la politique de Proxinvest, l’augmentation des rémunérations fixes ne devraient pas être supérieures à l’inflation.

Cette hausse de 16% de la rémunération fixe aura un effet inflationniste élevé sur le bonus annuel qui est calculé en pourcentage du fixe (180% maximum, soit 1 980 000€, +16%) tout comme sur la rémunération actionnariale (options, actions gratuites) qui est plafonnée en pourcentage du fixe (150% soit 1 650 000€, +16%)).

  • Un exercice de « benchmarking » sans fondement pour un dirigeant familial

La société explique que cette hausse est justifiée par deux cabinets externes de conseil en rémunération. Ces derniers expliquent que la hausse provient d’une mise à niveau du salaire du dirigeant avec ses pairs du CAC 40 et avec les dirigeants des sociétés du secteur des boissons.

Certes le nouveau niveau de rémunération fixe (1 100 000€) est en ligne avec le niveau désormais élevé de rémunération fixe des dirigeants du CAC 40 selon le dernier rapport Proxinvest. Cependant Proxinvest estime qu’il est plutôt curieux qu’un dirigeant familial se prête à l’exercice de comparaison (« benchmarking ») avec des managers externes d’autres entreprises alors qu’il est déjà capitalistiquement intéressé à la bonne marche des affaires et que son affectio societatis devrait lui permettre d’exercer en se contentant d’un ou deux millions d’euros de rémunération totale. La généralisation du recours aux consultants en rémunération pour des travaux de benchmarking a eu un effet inflationniste ces dernières années sur la rémunération des dirigeants du CAC 40 sans réel lien avec leur performance relative.

  • Une hausse en inéquation avec celles de ses salariés.

Dans son dernier rapport sur les rémunérations des dirigeants des sociétés Françaises, Proxinvest observe une hausse des rémunérations totales des dirigeants bien plus rapides (+14%) que celle de leurs salariés (+4%).

Chez Pernod Ricard l’augmentation de 16% proposée est sans aucune mesure avec la hausse de 1,47% de la rémunération moyenne des salariés de Pernod Ricard (charges incluses) depuis l’exercice 2014-2015.

  • Une structure de rémunération trop court-termiste

La structure de rémunération est trop court-termiste selon Proxinvest : la rémunération variable annuelle cible est définie à 110% de la rémunération fixe ce qui excède notre plafond de 100% du fixe. De plus la rémunération variable annuelle peut représenter au maximum 180% de la rémunération fixe soit un montant maximum de 1 980 000 €. Cette rémunération excède notre plafond de 150% pour la rémunération fixe. De plus la rémunération long-terme peut représenter au maximum 150% de la rémunération fixe. Il n’est pas sain que la rémunération de court-terme soit supérieure à la rémunération de long terme.

Proxinvest note par ailleurs que la grille de performance pour l’acquisition des stock-options et des actions gratuites de performances mériterait d’être améliorée. La mesure du critère du Résultat Opérationnel Courant (ROC) sur la base d’un objectif budgétaire annuel n’est pas idéale, même répétée pendant trois ans, car elle ne contribue pas à donner une vision de long terme à la performance. Concernant la comparaison boursière avec un panel de sociétés, l’acquisition de 66% du maximum pour une simple performance « à la médiane » ne nous semble pas assez exigeante. A titre de comparaison l’acquisition en de telles circonstances ne serait que de 20% du maximum chez son concurrent Diageo.

  • Conclusion et recommandation de vote

Ainsi dans son étude pour l’assemblée générale du 21 novembre 2018, Proxinvest recommande à ses clients de s’opposer à cette hausse en votant contre la résolution 10.

Même si la famille Ricard ne manquera pas d’utiliser ses droits de vote double pour faire adopter cette augmentation, les actionnaires partagent désormais avec les administrateurs une grande responsabilité dans la hausse de la rémunération des dirigeants en France depuis la Loi Sapin 2. Les actionnaires minoritaires responsables doivent donc s’engager sur le sujet grâce à un exercice diligent, professionnel et ferme de leur droit de vote, quitte à s’opposer sur le sujet à la famille fondatrice.

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L’étude complète de Proxinvest est disponible à la vente sur la plateforme de recherche: ResearchPool .

 

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