Assemblée extraordinaire de CGG : le torchon est brûlé entre la direction et ses actionnaires minoritaires

Un an après le débat qui avait secoué Solocal, les actionnaires de la Compagnie Générale de Géophysique, CGG, étaient à leur tour réuni ce lundi 13 novembre pour approuver à 91% de se faire diluer au profit principalement de hedge funds (Alden, Attestor, Aurelius, Boussard & Gavaudan, Contrarian, Third Point, …).

La société subit en profondeur la crise du marché du pétrole, causée par la réduction drastique d’investissements de ses clients. Surpassée par un endettement qu’elle ne peut contenir, la société s’en était remise à ses actionnaires début 2016 afin de reconstituer les liquidités suffisantes à son fonctionnement. Insuffisant…

Spécialisés pour certains sur les dettes risquées,  les hedge funds vont dans ce plan se gaver de commissions sur le dos de CGG, de bons de souscription d’actions à 0,01€ seulement et bénéficier d’un taux d’intérêt variable qui pourrait dépasser le niveau du seuil français de l’usure sur 375M$ de nouvelles obligations.  Ces fonds spéculatifs, qui auront investi sur une créance très risquée et auront déjà perçu des intérêts élevés, perdront très peu in fine et certains dégageront même des retours sur investissement faramineux puisqu’ils auront racheté cette dette à prix très décoté. Tant que ces créanciers ne perdront pas plus dans ces opérations d’apurement du passif, ce jeu malsain et enfantin continuera, consistant à identifier les proies en situation financière exsangue afin de pouvoir capitaliser ensuite lors des négociations de restructuration sur la peur des parties prenantes, principalement le défaut de paiement, l’emploi et la continuité d’exploitation.

Proxinvest était présent à l’assemblée générale. La direction de la société, ainsi que l’administratrice judiciaire, Hélène Bourbouloux, ont anticipé la grogne des actionnaires en revendiquant le plan de redressement comme la seule alternative possible face à une restructuration judiciaire imposée, menaçant la société. Pour CGG, les créanciers anglo-saxons étaient le moindre mal possible, permettant à la société d’espérer une remise à flots de sa dette, une entrée de liquidité, une amélioration de ces résultats financiers dans l’attente d’un redressement du marché. En effet, l’annonce lors des résultats du second trimestre d’augmentation du chiffre d’affaires de CGG de 21% par rapport à l’année dernière pourrait être un signe encourageant.

L’opposition de la salle fut manifeste, faisant face à des dirigeants qui avaient interdit l’accès aux journalistes et qui se savaient fort du soutien de leurs deux premiers actionnaires, la BPI  et DCNA, représentant 18,53% du capital, soit 77,40% du capital présent ou représentants à l’assemblée générale. En effet, rarement une assemblée générale aussi importante dans la vie d’une entreprise et de ses actionnaires n’avait réuni aussi peu d’actionnaires. Le 31 octobre, la société n’avait pas atteint le quorum nécessaire pour tenir l’assemblée générale extraordinaire en première convocation. En seconde convocation le taux de participation n’atteignit que 23,94%. La société avait préféré ne pas souscrire à la solution de place de vote électronique Votacess, privant ses nombreux actionnaires individuels français d’un confort de vote à distance qui aurait été le bienvenu en telles circonstances malgré les limites de cette solution. L’association des actionnaires minoritaires de CGG accusent les sociétés de gestion de la “politique de la chaise vide” et pointe du doigt la chute du taux de participation qui était encore de 61% en 2011. En réalité, la plupart des sociétés de gestion d’actifs traditionnelles ont tout simplement vendu le titre ces dernières années.

Les actionnaires individuels, certains réunis en association, ont manifesté à plusieurs reprises leur forte opposition au plan : certains ont avancé l’idée que la convocation pour la seconde assemblée était irrégulière et que les actionnaires individuels avaient été prévenus trop tard et imparfaitement sur la date ou le lieu de la seconde assemblée ; ce qui empêchait donc les potentiels actionnaires mécontents de s’opposer dans leur vote à l’opération. Plusieurs actionnaires individuels ont fermement manifesté leur préjudice financier personnel (voir leur ruine) dans l’opération, pointant du doigt des négociations mal menées, une estimation trop optimiste de l’évolution du marché, ou encore un refus non justifié de passer par d’autres créanciers que les hedge funds anglo-saxons. La direction de CGG se déclara impuissante et essaya de convaincre que sa situation n’était pas similaire à celle de Solocal et qu’il n’y avait pas mieux à négocier, ne convaincant semble-t-il pas les actionnaires présents.

Hors BPI et DNCA,  le taux d’opposition des autres actionnaires au plan de restructuration dépassa 60%.  Le torchon brûle donc entre la direction et ses actionnaires qu’elle considère probablement déjà comme d’anciens actionnaires bientôt dilués.

Proxinvest s’était prononcé négativement sur cette opération contrairement aux autres agences de conseil de vote américaines qui recommandaient d’approuver les résolutions et qui auront probablement influencé la position du grand fond souverain norvégien, NBIM. La BPI, après avoir quitté les négociations, aura accepté de voter en faveur de sa dilution tout en faisant rejeter à juste titre la résolution relative à l’indemnité de départ prévue pour Jean-Georges Malcor, le Directeur Général, avec seulement 44% des voix favorables.

 

 

 

 

 

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