L’excellent analyste financier, pas toujours assez indépendant au goût de Proxinvest, Bertrand Jacquillat, fondateur d’Associés en Finance, attire à juste titre notre attention dans un article du Nouvel Economiste  intitulé “Le capitalisme Financier mis à mal par les ETF”

Il y dénonce non sans raison un système financier parallèle au système financier officiel et forme  de gestion passive qui dame  le pion à la gestion traditionnelle”.

Il attribue aux insuffisances de la gestion active qui ne parvient à battre les grands indices le succès de ces fameux ETF (Exchange Traded Funds)  ” dont on estime qu’ils recouvrent près de 5 000 Mds $ sous gestion dans le monde.”

 L’ ETF est un fonds coté contenant un panier d’actions censé suivre exactement les fluctuations des titres qui le composent. Les frais d’une telle gestion  sont beaucoup plus faibles que ceux d’une gestion active pour le client , et selon l’auteur “ne cessent de baisser avec la consolidation des sociétés de gestion dans une industrie très technologique d’économies d’échelle.” L’ETF est donc un dérivé indiciel simple permettant l’accès a différentes classes d’actifs notamment sectorielles définies au préalable.

Bertrand  Jacquillat nous dit que deux gérants américains Blackrock et Vanguard  contrôlent près de 50 % de la gestion globale des ETF, que cette concentration fait peur pour l’économie notamment parce que les gestionnaires d’ETF “n’ont aucune incitation à exercer un quelconque contrôle, comme le voudrait leur condition d’actionnaires, sur les sociétés dans lesquelles ils ont investi et pour lesquelles ils agissent en passager clandestin”.

Sa critique est partiellement juste car si Blackrock n’est pas connu pour l’excellence ou la rigueur de sa politique de vote, ce grand gérant emploie tout de même une dizaine de personnes pour exercer au minimum une partie des droits de vote détenus. Bertrand Jacquillat pose en fait une excellente question de portée politique : cette diligence de vote est-elle sérieuse, contrôlable ? Non, elle ne l’est pas.  Est-elle indépendante de la corruption de conflits d’intérêts de nature commerciale ou politique ? Non. Peut-on l’améliorer et en contrôler l’intégrité? Bien sûr ! Que font donc les régulateurs ? La sieste.

 Bertrand Jacquillat évoque aussi le risque systémique liés aux ETF,  dont les porteurs, en cas de panique boursière, pourraient vouloir vendre leurs titres en masse… il ne retient pas ce risque, sous un prétexte que l’on peut trouver léger ” Le capitalisme en a vu d’autres, et on peut faire confiance aux forces de rappel : trop de gestion passive est un excellent ferment sur lequel la gestion active peut à nouveau prospérer”. Etonnant et consternant.

On attendait plus d’un économiste respecté.  En réalité, le phénomène ETF procède du phénomène général  de concentration-simplification lié au régime de banque universelle : en amplifiant la concentration du marché des actions sur les seuls titres des grands indice, il amplifie évidemment le risque systémique.

Le marché des ETF est bien le fruit indirect de la médiocrité des grandes gestions des banques et compagnies d’assurance les plus protégées, les plus puissantes donc les plus médiocres.  Les produits d’investissement et de retraite sont de façon constante le marché le moins performant selon les “consumer scorecards” de la Commission européenne.  Les études de BetterFinance (Pension Savings: The Real Return 2016 Edition)  font une analyse de la rentabilité des supports commercialisé par nos banques et compagnie d’assurances européennes sur 16 ans, de 2000 à 2015. Betterfinance observe que les marchés financiers ont bien depuis le début du siècle produit une rentabilité élevée pour les obligations et positive pour les actions, un portefeuille investi a 50-50 sur ces deux types de valeurs mobilières aurait produit un rendement annuel de 2,5% net d’inflation sur la période sur la base des indice réinvestis. Par contraste, en raison des frais très élevées perçus,  seuls les fonds de pension néérlandais, danois, britanniques, roumains et polonais ont été capables d’atteindre ce taux de rentabilité indiciel de 2,5% après inflation.

Septembre 2017