AG DirectSports (UK): Quand conditions dickensiennes de travail et mauvaise gouvernance détruisent de la valeur

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Je ne suis pas le Père Noël; Je ne suis pas assis ici en disant que je vais créer un monde merveilleux

Lui, ce n’est pas le Père Noël, mais Mike Ashley. Fondateur et actionnaire majoritaire (55% du capital social) de Sports Direct, une grande chaîne britannique de distribution d’articles sportifs, Mike Ashley a dû comparaître devant le parlement britannique pour plaider sa cause. Dans un spectacle presque clownesque, tout en arborant les couleurs noir et blanc de son club de football fétiche Newcastle United sur sa cravate, Mike Ashley a défendu le bilan de son entreprise, a minimisé les allégations portées contre Sports Direct en matière de conditions de travail indignes, et de toute évidence fait plusieurs références au Père Noël et à Noël…

Au cœur de la controverse, une enquête sur les pratiques de travail de l’entreprise menée par deux journalistes infiltrés travaillant pour The Guardian. Se faisant passer pour des travailleurs avec les agences d’interim, Transline Group et The Best Connection, les journalistes ont conclu que les employés de  l’entrepôt de l’entreprise de Derbyshire ont effectivement perçu un salaire horaire de 6,50 £, soit 3% en dessous du salaire minimum légal. En outre, l’enquête a révélé que les employés ont été déduits de 15 minutes de salaire pour sanctionner une minute de retard mais qu’aucune heure supplémentaire n’était payée lorsque les employés dépassaient leur temps de travail. Dans une pratique indigne d’un grand groupe compris dans l’indice phare londonien, le FTSE 100, le personnel , dont la plupart ne sont pas employés mais interviennent en tant que prestataire contractuel temporaire, a été soumis à des fouilles de sécurité rigoureuses après chaque changement qui, en moyenne leur ajoutent 1 heure et 15 minutes de temps non rémunéré à leur semaine de travail.

Les pratiques de travail de Sports Direct ont fait l’objet de vives critiques au cours de l’année écoulée. Des rapports ont allégué, entre autres, que les employés ont été réprimandés publiquement par haut-parleur pour ne pas travailler assez vite et ont été interdits de porter 802 marques de vêtements de travail. Plus troublant, le Groupe Transline a imposé un système de sanction» de son personnel avec licenciement après identification de six blâmes en six mois. Les employés pourraient recevoir ces blâmes, et donc risquer le licenciement, pour des motifs aussi douteux que «durée excessive de pause aux toilettes”, , «perte de temps», «discussions excessives», et «chamaillerie».

SportsDirect

En apparence repenti, Mike Ashley, qui occupe actuellement le poste de vice-président exécutif, a annoncé qu’il allait personnellement mener un examen interne des pratiques de travail de l’entreprise bien qu’il avoue que ce ne soit pas son “domaine d’expertise” et “ce qui le fait vivre habituellement”. Il y a clairement conflit d’intérêts à ce que le fondateur actionnaire majoritaire mène cet audit sur les pratiques de travail comme le rappelle les questions de la commission parlementaire. Mike Ashley a tout de même annoncé que le personnel recevrait une augmentation de salaire d’un coût de £ 10 millions et que le Directeur Général (CEO) de Sports Direct Dave Forsey perdrait son plan à 4 ans de bonus en actions de 4 millions £.

Dans une autre affaire, Dave Forsey a plaidé non coupable en Octobre 2015 alors qu’il lui était reproché d’avoir omis d’aviser le secrétaire de l’entreprise avant de licencier des travailleurs à l’entrepôt écossais de West Coast Capital (USC) Lt., une division de Sports Direct qui fait faillite en Janvier 2015. Les employeurs doivent pourtant donner un préavis de 30 jours avant le licenciement ou faire face à des accusations criminelles  pouvant aller jusqu’à une amende de £ 5,000. Quelques 200 employés de l’USC n’avaient eu qu’un préavis de 15 minutes avant leur licenciement. Une fois en faillite et les employés licenciés, West Coast Capital (USC), qui abritait environ 28 magasins dans la chaîne USC, a ensuite été racheté par une autre division de Sports Direc, Republic, et ainsi sortie de l’insolvabilité. Le Service d’insolvabilité a compensé 80 employés tandis que les 120 employés restants n’avaient pas droit à des indemnités de licenciement, car ils n’avaint pas de contrats de travail et opéraient sur une base contractuelle. Suite à une plainte de 50 anciens salariés de l’USC présentée devant le tribunal de Glasgow, Sports Direct a accepté de payer une indemnité égale au salaire de 90 jours.

Incrédule, le Président du conseil d’administration de Sports Direct, Keith Hellawell ,a admis qu’il n’avait pas été informé de  l’insolvabilité de la filiale  avant que la faillite n’arrive. Il a également affirmé qu’il n’a pas «lu le rapport de l’administrateur», qui ont montré que Dave Forsey et Mike Ashley avaient été en pourparlers avec Duff & Phelps, un conseil financier, au sujet de l’administration potentielle de l’USC dès Novembre 2014. Ce comportement outrageusement négligent  est un indicateur clair d’un problème de manque de contrôle au niveau des instances de gouvernance de Sports Direct.

Préalablement à l’assemblée générale de Sports Direct qui se tient le  7 Septembre 2016, Proxinvest appelle les actionnaires à voter contre la réélection de Mike Ashley, Keith Hellawell et Dave Forsey qui à notre avis se dérobent face à leurs responsabilités et n’ont pas su régler les problèmes chroniques dans les pratiques de travail de l’entreprise, impactant aussi sérieusement l’image de la marque auprès de ses clients. Les actionnaires doivent également noter que le Conseil d’administration  dispose d’un taux catastrophique d’indépendance (28,6%), d’un nombre excessif de dirigeants (42,9%), et d’un Lead Independent Director qui ne devrait plus être qualifié d’indépendant puisque son ancienneté excède les 9 ans maximum définis par le code de gouvernance Britannique (plus strict que le code AFEP-MEDEF qui fixe cette limite à douze ans d’ancienneté). 

En outre nous recommandons aux actionnaires de voter en faveur d’une résolution d’actionnaires (résolution 19) pour lancer un audit indépendant sur la stratégie de gestion du capital humain de l’entreprise. Les actionnaires proposant cet audit sont associés avec un des plus grand syndicats du Royaume-Uni, Unite, qui a lancé une campagne publique pour sensibiliser le public à ce qu’il a appelé «des conditions Dickensiennes» de travail chez Sports Direct.

Sports Direct a aussi attiré l’ire de ses employés et des médias aussi bien pour être un champion local des contrats de travail «zéro heure». Selon certaines estimations, 80% de ses employés ont été embauchés dans le cadre de tels contrats. Étant donné la nature précaire de ces arrangements, les employés hésitent généralement à exprimer leurs préoccupations par crainte de voir leurs contrats résiliés. Une femme aurait été tellement apeurée de demander un congé de maternité en 2014 qu’elle a donné naissance dans les toilettes.

Ces conditions de travail Victoriennes peuvent sembler horrible et Sports Direct est une caricature de l’absence de respect des principes fondamentaux de la bonne gouvernance d’entreprise. Un président négligent, un DG irresponsable supervisé par un conseil non indépendant et un actionnaire de contrôle aussi autoritaire que Scrooge, le personnage de Dickens dans “Un chant de Noël“, ne sont pas propices à la création de valeur à long terme comme en témoigne la baisse de près de 50% du cours de bourse depuis le début de l’année 2016.

Scrooge

Comme le dirait le personnage de Dickens, Ebenezer Scrooge : “Bah, humbug!”


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